mercredi 14 décembre 2016

Taxi Driver - Martin Scorsese - 1976









«  La solitude m'a suivi toute ma vie. Partout. Il n'y a pas d'échappatoire. Je suis un homme de Dieu solitaire ».

C'est l'histoire d'un homme, disloqué par son passage au Vietnam et qui, pathologiquement, souffre de solitude. A partir du moment où il ne peut posséder la femme qu'il désire, il part à la dérive et pète les plombs.
Il va essayer de tuer celui qui représente le père, le sénateur, de celle qu'il ne peut avoir. Il échoue. Tue un maquereau qui représente le père d'une fille qu'il pourrait avoir mais qu'il ne veut pas. Dès lors et ironiquement, il dévient un héros alors qu'il n'est qu'un psychopathe qui va, à n'en pas douter, recommencer à sévir.

Être seul entouré de milliers de gens.

Le personnage que joue De Niro, Travis Bickle, n'arrive pas à gérer son environnement, à être « comme tout le monde », il essaie, il tente mais n'a pas les codes pour se faire.

Engrenage.

Ne pas avoir ce qu'il veux avoir, ne pas vouloir ce qu'il a, engrenage qui amène à la solitude et qui la renforce. Travis Bickle se crée et alimente, lui-même, sa propre solitude

Morale.

Lorsque l'on revient du Vietnam, que l'on est seul, que l'on vit dans cette sorte de dépotoir à ciel ouvert qu'était le New York des 70's au milieu «  des excréments de la Terre », comment ne pas devenir fou ? On ne peut pas dixit Scorsese.

« You talkin' to me ? »


Magistral, triste, violent, une merveille.


mardi 13 décembre 2016

Tales Of Frankenstein - Curt Siodmak - Pilote télé – 1958





Un pilote pâlot.

Pilote télévisuel d’une série de 13 épisodes de 30 minutes...qui ne vit jamais le jour. Coproduction anglo-étatsunienne entre la Hammer et la Columbia, cet unique épisode aurait dû être intitulé «  The face in the tombstone mirror ».
Curieux mélange entre les films Universal des années 30 et le style gothique tout juste naissant du studio Londonien, Tales of Frankenstein a été écrit et réalisé aux USA par un certain Curt Siodmak, scénariste d’une flopée de films d’épouvante dans les années 40 et 50 (notamment deux « Frankenstein-movie » : « Frankenstein Meets the Wolf Man » en 1943 et « House of Frankenstein » en 1944).

L’ouverture nous montre classiquement le monstre, qui, à peine revenu à la vie, tente d’étrangler son géniteur. Ce dernier le maîtrise et pense que l’attitude de la créature est due au fait qu’elle possède un cerveau de meurtrier. Il lui faut donc un cerveau plus « respectable ». Sur ces entrefaites, le baron reçoit la visite d’un couple, dont le mari est gravement malade et qui lui demande de le sauver. Il refuse au nom de la morale. Le mari décède, il est enterré, Frankenstein vole le corps, greffe le cerveau sur la créature. La femme du défunt découvre la supercherie, part à la recherche de feu son mari. Le monstre s’échappe en reconnaissant son ex-épouse, il tombe alors devant un miroir et voyant ce qu’il est devenu, se met à poursuivre le baron dans le but de l’occire. Tout ce beau monde arrive dans le cimetière où était enterré le corps de Monsieur, la femme réussit à raisonner la créature et celle-ci décide de mettre fin à ses jours en plongeant dans sa tombe. Frankenstein est arrêté, mais déclare qu’il recommencera (il ne manque plus que le rire sardonique).

Si ce pilote bénéficie de la présence de bons acteurs, notamment Anton Driffing (que l’on retrouvera dans un autre Hammer «  The man who could cheat the death », puis dans le classique «  Le cirque des horreurs » ) et la ravissante Helen Westcott, il n’est en revanche qu’un empilement de poncifs et de clichés éculés (même pour l’époque) sur Frankenstein et sa créature. De plus, la réalisation sans éclat (en fait totalement télévisuelle) et le noir et blanc tranchent avec la nouvelle vision de l’épouvante apportée par Terence Fisher au même moment.
Pas ennuyeux mais sans aucune surprise, Tales of Frankenstein est une curiosité que tout le monde peut voir sur la plupart des sites de vidéos en ligne, celui-ci étant depuis longtemps tombé dans le domaine public.

Pour ceux que  cela intéresse, le voici en VOSTFR :




lundi 12 décembre 2016

Le Cercle Rouge - Jean-Pierre Melville - 1970






Le commissaire Matteï, de la brigade criminelle, est chargé de convoyer par le train Vogel, un détenu. Mais celui-ci s'enfuit en pleine nuit et demeure introuvable, malgré un important dispositif policier.
Pendant ce temps, à Marseille, un gardien de prison propose une "affaire" à Corey au moment de sa libération. Après s'être rendu chez Rico, Corey gagne Paris en voiture. Il recueille par hasard Vogel qui, dans la forêt de Fontainebleau, lui sauvera la vie en abattant deux hommes de la bande de Rico, lancés à sa poursuite.
Matteï, chargé de retrouver Vogel, cherche à faire parler l'un de ses indicateurs, Santi, patron d'une boîte de nuit.

« Quand les hommes, même s’ils s’ignorent, doivent se retrouver un jour, tout peut arriver à chacun d’entre eux, et ils peuvent suivre des chemins divergents ; au jour dit, inexorablement, ils seront réunis dans le cercle rouge. »

Melville atteint, ici, une sorte d'abstraction stylistique (joli non?), avec cette intrigue limpide qu'il étale pourtant sur plus de 2 heures, faisant la part belle à ses personnages et allant toujours plus loin dans l'abstraction, le mutisme (une scène de braquage de plus de 25 minutes quasi-muette, sans musique ni rien) et le dénuement. Tiens, d'ailleurs, il serait de bon temps que les cinéastes actuelles adeptes du montage épileptique et de la multiplication à l'excès des plans dans le but de, soit-disant, donner du rythme, regarde cette séquence et qu'ils aillent pleurer de honte !



Exercice de style revendiqué et parfaitement maîtrisé, Le cercle rouge prend son temps pour installer son atmosphère, là où d’autres auraient coupé une bonne heure de plus pour filmer la même histoire.

Ses "héros" évoluent quasi exclusivement dans des espaces clos (voitures, bars, maisons), prisonniers du cadre certes mais aussi de leur condition. Si les mouvements de caméra sont rares, la mise en scène dit beaucoup plus que par les dialogues qui deviennent du coup superflus.

Comme souvent chez le père Melville, rien de bon ne peut arriver à la plupart des protagonistes, leurs avenirs étant déjà tout tracés et ils se retrouveront inévitablement dans le cercle rouge, celui au mieux de la désillusion, au pire de la mort.
On n'échappe pas à son destin, car tous les hommes sont coupables dès la naissance. On se croirait dans un église protestant en train d’écouter un prêche Calviniste !

dimanche 11 décembre 2016

L'Armée des Ombres - Jean-Pierre Melville - 1969






Octobre 1942. Philippe Gerbier, ingénieur des Ponts et Chaussées, est un résistant de la première heure. Dénoncé, il se retrouve enfermé dans un camp français. Il parvient à prendre la fuite durant son transfert au siège de la Gestapo à Paris et s'empresse de rejoindre les membres de son réseau à Marseille. Avec deux camarades, Félix et «Le Masque», Gerbier est chargé d'exécuter le jeune Dounat, responsable de son arrestation. Parallèlement, Jean-François, un ami de régiment, entre dans la Résistance. Chargé pour sa première mission de livrer un poste émetteur à une certaine Mathilde, il en profite pour aller rendre visite à son demi-frère, Luc Jardie, un grand bourgeois qui se tient à l'écart des événements…

Chroniques sombres et intenses d'êtres solitaires qui luttent pour un idéal et des valeurs, des hommes et des femmes qui savent au plus profond d'eux-mêmes qu'ils y laisseront la vie et qu'il sont en quelque sorte déjà mort (d’où le titre du film, me semble t-'il).



Les "héros" de la Résistance française ne sont jamais montrés en train de mener des sabotages ou des attaques planifiées contre les Allemands, comme on le ferait dans un film traditionnel de la Seconde Guerre mondiale. Au lieu de cela, nous suivons leur vie claustrophobe et paranoïaque alors qu'ils passent d'une cachette à une autre, constamment harcelés par leurs ennemis, hantés par leurs propres actions et l'incapacité de communiquer avec ceux qui leur sont chers. Des personnages faisant face à la trahison, la lâcheté et la morne éthique de tuer leurs camarades pour préserver le réseau dans son ensemble.

La seule façon dont la Résistance a un sens, c'est dans l'effort collectif de ses membres. L'Armée des ombres dépasse finalement une histoire de la Résistance française pendant la Seconde Guerre mondiale et sert d'épopée existentialiste puissante.

Alors, évidemment, c'est un hommage avant tout à la résistance Gaulliste et qui passe quand même globalement sous silence celle des autres groupes, communiste en particulier. C'est moche, très moche même !

Ventura, Meurisse, Signoret, Cassel , Crauchet sont tous d'une justesse confondante.

Une merveille à chaque visionnage

Le Doulos - Jean-Pierre Melville -1962







Un film que les amateurs de polar à l'ancienne devraient certainement appréciés, avec beaucoup de dialogues, peu d'actions et qui s'appuie avant tout sur la psychologie des personnages.

C'est, à priori, le premier film où son réalisateur met en place tous les ingrédients qui feront de son cinéma ce qu'il fut dans ses meilleurs productions. Une sorte de polar à la française influencée par les films noirs étasuniens.

Pour ma part, je ne suis pas de ceux qui adulent Melville car j'aime certains éléments de son style, d'autres moins. En tout cas, on ne peut qu'être admiratif du travail sur la grammaire visuelle qui est si maîtrisée qu'elle éclipse tout le reste, même presque le scénario dans la première partie du film.

On retrouve une ambiance vraiment particulière du film noir et des scènes intrigantes. Le problème que l'on pourrait soulever est que l'histoire passe au second plan ( ce qui parfois n'est pas plus mal, ceci dit). Elle connaît cependant un regain d'intérêt au fur et à mesure du film et la dernière partie tient particulièrement en haleine s'agissant de sa résolution. L'intrigue est particulièrement emberlificoté si bien qu'à certains moments on se demande si on ne devrait pas revenir en arrière pour saisir ce que l'on aurait bine pu louper.



Les personnages cultivent constamment l’ambiguïté ( comme dans les autres films de Melville) ce qui amène un côté sombre et mystérieux façon western. Ici, ce sont les « gueules » de Jean-Paul Belmondo et Serge Reggiani qui sont mis à l'honneur en composant des figures énigmatiques. Le film est loin d'être parfait et n'est pas celui que l'on ressortira en premier dans la filmographie que Melville. N'empêche qu'on peut toujours y trouver un intérêt, même si c'est le charisme de Belmondo est primordiale. Reste une grammaire visuelle et cinématographique épatante, pour un film comme on n'en fait plus, d'une autre époque mais comme c'est toujours mieux avant !  

vendredi 9 décembre 2016

The Curse Of Frankenstein - Frankenstein S'Est Échappé - Terence Fisher – 1957








Fort éloigné du livre de Mary Shelley, mais aussi du Frankenstein de la « Universal », le premier film d’horreur gothique de la Hammer donne une place prépondérante au savant par rapport à sa créature. Peter Cushing se chargeant de lui donner corps dans un rôle qu’il reprendra à moult reprises avec beaucoup de talent.
Le baron Frankenstein met la recherche scientifique au-dessus de toutes autres considérations, quelles soient morales, éthiques ou religieuses. Seul compte le but final qui est de recréer la vie en laboratoire. Un être totalement amoral qui ne se laissera pas entraver ni par son mentor, ni par les préjugés de la société.
On a, pour tout dire, peine à imaginer aujourd'hui combien l’horreur à dû être vive à la vision de ce savant sans scrupules réussissant à faire naître du néant une créature repoussante incarnée ici par un tout jeune Christopher Lee.



L’apport pour la première fois de la couleur dans une œuvre d’épouvante (enfin presque, puisque le «House of Wax » d’André de Toth date de 1953), les décors gothiques transposant l’univers Victorien au cœur du monde germanique, la mise en scène intelligente de Terence Fisher, la beauté de la photographie, le jeu des acteurs, la présence d’un érotisme diffus et le traitement audacieux de l’histoire font de ce film une des pierres angulaires du cinéma fantastique mondial.
Immense succès outre-manche et aux Etats-Unis (où il terrassa « Le pont de la rivière Kwai »  en termes de recette), «  Frankenstein s’est échappé » marque le début du mythe Hammer. .


Comme le faisait remarquer, à l’époque le Centre catholique de radio et télévision : « S’abstenir (d’aller voir le film) par discipline chrétienne ».

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jeudi 8 décembre 2016

Midnight Meat Train - Ryûhei Kitamura - 2009


Leon Kaufman est un photographe dont les clichés hautement provocants ne suffisent pas à le faire accéder à la notoriété et au milieu artistique. Afin de séduire la responsable d’une galerie d’art, il se décide à aller encore plus loin dans l'exploration des aspects les plus sombres de l'humanité. Alors qu’il apprend la disparition d’une jeune femme qu’il avait sauvée des griffes de voyous, Leon croise sur sa route un tueur en série, Mahogany, qui traque les banlieusards prenant les derniers métros pour rentrer chez eux, et qui les tue avec une sauvagerie inimaginable. La fascination de Leon pour Mahogany va le conduire de plus en plus loin au cœur même de la ville et de ses profondeurs.

Le gros point noir du film, selon moi, c'est la manière dont le réalisateur film les s »séquences de violences horrifiques. La caméra s'affole, bouge dans tous les sens, le montage est épileptique et empêche de voir de manière suffisamment précise les dégâts occasionnés aux victimes et c'est très énervant mais à la mode, c'est la marque de fabrique de Kitamura qui pense que ça donne du panache alors que ça ne fait que désamorcer la tension. De l’esbroufe façon vidéo-clip quoi !



Une fois ceci dit, le film est efficace et suit de très près, peut-être un peu trop d'ailleurs, la nouvelle originale du génial Clive Barker.

On retiendra une tension qui monte crescendo, des personnages bien campés et en particulier le physique impressionnant du boucher tueur à qui on n'a pas franchement envie de demander son chemin, ainsi que le choix des armes de celui-ci dont l'impressionnant marteau.

La fin est cousue de fil blanc mais c'était aussi le cas de la nouvelle. Comme toujours chez Barker la chair est sanglante après son attendrissement.

Probablement une des meilleure adaptation du romancier (en même temps, il y en a peu) mais qui manque cruellement de la finesse dérangeante de la nouvelle.


Sépamal quoi et c'est en adéquation avec son époque dans sa réalisation malheureusement.


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