dimanche 7 janvier 2018

Taste Of Fear - Hurler de Peur - Seth Holt – 1961





Clouzot style

Bien loin des ambiances gothiques de l’époque victorienne, Hurler de Peur nous convie à une ambiance pesante empruntant son mécanisme machiavélique aux films d’Henri-Georges Clouzot et à un sens du suspense proche d’Hitchcock. Atmosphère aux limites du fantastique, machination, double rebondissements finaux, les recettes qui feront quelques années plus tard le succès du giallo sont également présentes (l’érotisme en moins cependant).

Une jeune, fragile et belle héritière handicapée se déplaçant en fauteuil roulant depuis une dizaine d’années revient dans la demeure de son père sur la côte d’azur près de Cannes.
Son père est absent, pourtant elle semble l’apercevoir mort à plusieurs reprises. Devient-elle folle ? Sa belle-mère apparemment en cheville avec le docteur de la famille tente-t-elle de la rendre folle afin de s’assurer l’héritage ?

Filmé dans un noir et blanc macabre, nanti d’une atmosphère de plus en plus délétère et pourvu de quelques plans séquences dans la plus pure tradition expressionniste (ah ! le visage du paternel mort à la lumière de la bougie ! brrr) avec une réalisation de Seth Holth et un scénario de l’habituel Jimmy Sangster ne manquant pas de panache, le métrage joue admirablement bien sur les fêlures psychologiques de la jeune femme prise dans un piège diabolique. En phase avec ses doutes, ses interrogations et ses peurs, le spectateur ne peut qu’être à son tour pris dans les mailles du filet. La machination fonctionne à merveille et ce d’autant plus que si l’on pense avoir connaissance du fin mot de l’histoire à vingt minutes de la fin, le rebondissement ultime en étonnera plus d’un.


Notons la composition toute en sobriété d’un Christopher Lee échappant pour une fois au rôle de vampire assoiffé de sang et la remarquable interprétation de la gracile Susan Strasberg.

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samedi 6 janvier 2018

The Curse Of The Werewolf - La Nuit Du Loup-Garou - Terence Fisher – 1961



Terence Fisher continue de ressusciter les mythes de la « Universal ». Après Frankenstein, Dracula et la Momie, voici le tour du loup-garou.
Quittant un moment le gothisme de l’époque victorienne, le film nous plonge en plein XVIIIème siècle espagnol. Que l’on se rassure, cela n’altère en rien la qualité de l’œuvre, toujours aussi belle à regarder et qui de plus prend ici une inattendue touche de tristesse. Peut-être le film le plus triste (notamment dans son dénouement) de son réalisateur.

Oliver Reed dans le rôle de l’homme devenu loup-garou est impeccable de par sa stature et sa puissance et renvoie aux oubliettes l’interprétation ampoulée de Lon Chaney Jr en 1941.
Pourtant, le grand Reed n’apparaît que dans la troisième partie du film, toute la première partie étant consacré à sa genèse, la seconde à son enfance. C’est la grande spécificité du métrage, où l’on apprend que le loup-garou ne naît pas de la morsure d’un de ses congénères, mais de circonstances néfastes et d’une lourde hérédité. La malédiction s’abattrait sur un enfant bâtard née un 25 décembre d’une femme violée.

Un mendiant est enfermé dans les geôles d’un noble cruel. Oublié pendant des années, ce dernier devient un animal et viole une jeune domestique muette (la succulente et poitrinaire Yvonne Romain). Celle-ci assassine alors son maître et trouve refuge dans la ville voisine, recueillie par un homme bon et sa servante, elle accouche de l’enfant qu’a engendré son viol et meurt peu après.
C’est peut-être la partie la plus intéressante du film, la suite n’étant qu’une (intéressante et rythmée) lutte interne de la créature entre son humanité et son côté obscur. Seul l’amour de sa famille, puis d’une femme pourrait le sauver.

Fisher livre ici un film violent, cruel, implacable dans son déroulement (pas de happy end cette fois) et finalement d’une grande mélancolie.
Si les transformations se font hors-champ (à part un court plan sur les mains immobiles d’Oliver Reed), le maquillage du loup-garou est une réussite.

Un classique hautement recommandable.

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jeudi 4 janvier 2018

Dream Home - Ho-Cheung Pang - 2010





La propriété c'est le vol (entre autres)

Hong-Kong de nos jours. Une jeune femme s’introduit nuitamment chez un gardien d’un immeuble moderne. Ce dernier pique un roupillon devant les écrans de contrôle. Ce manque de conscience professionnelle aura des conséquences dramatiques puisque la demoiselle va l’assassiner à l’aide d’un collier de serrage qu’elle serre ( forcément ) autour de son cou. L’asphyxie prendra un bon moment, le temps que le garde tente avec un cutter de desserrer (toujours forcément) le lien quitte à s’ouvrir la trachée. Pas de bol, le cutter coupe apparemment mal, ce qui prouve le manque de soin apporté par ce dernier à ses outils de travail. La conséquence sera la mort.
Générique.
On retrouve la jolie demoiselle en train de travailler par téléphone pour une banque de la mégalopole, elle enchaîne les petits boulots, travaillant sans relâche afin de s’offrir son rêve : un appartement avec vu sur la mer. Elle l’a promis à ses parents, à ses grands-parents lorsqu’elle était jeune.

Hélas, même avec toute sa volonté, la flambée des prix immobiliers vont l’empêcher pendant des années de réaliser ce rêve. Elle va alors s’y prendre autrement, en massacrant les habitants d’un certain immeuble afin de faire baisser les prix.  

Du sexe frelaté et perverti, du sang, de l’hypocrisie dans les rapports humains, de la sauvagerie dans les meurtres et en arrière plan (en creux, dit-on dans les milieux éduquées et donc autorisées), une vision sociale et politique de la vie dans cette folle mégalopole.


Malin comme un dragon de papier lors du nouvel an chinois, le réalisateur prend appui sur la situation actuelle et en particulier la spéculation immobilière qui permet aux riches de toujours plus s’enrichir et aux autres de ramer pour pouvoir se payer un logement décent.
Que ceux qui n’ont pas galérer pour louer ou acheter un appartement dans une grande ville, et qui n’ont dû qu’à leur bonne éducation de ne pas avoir recours à la sodomie artisanale ou à la violence physique pour déloger de leurs vastes duplex les rentiers de tous poils ; et bien que ceux là lance la première pierre à Cheng Lai-sheung, qui elle, va passer aux actes !

Formellement, le film de Pang Ho-cheung se démarque du tout venant slasherisant par une mise en scène pleine de panache. Un montage efficace dans les scènes de meurtres, un soin tout particulier apporté aux éclairages et surtout une mise en abîme de la ville en tant que personnage principal. « L’étroitesse » des appartements n’ayant comme corollaire que les gigantesques entassements d’immeubles tous plus moches, laids et anxiogènes les uns que les autres (voir l’imparable générique d’ouverture ).

La multiplicité des flash-back brouille parfois la compréhension de l’intrigue, mais elles permettent aussi de se faire quelques idées sur la situation sociale des Hongkongais. A travers trois ou quatre tranches de vie de la future « sino-Jason Vorhees », on apprend que la spéculation immobilière se fait aux détriments du bas peuple avec l’aide des triades recourant à la violence ou que les hongkongais sont d’impénitents racistes ( redondance classique des catégories 3) , ici envers les Coréens présentés comme de gros machistes alcooliques qui tabassent tout ce qui est de sexe vaguement féminin. C’est beau la fraternité entre frères et soeurs asiatiques.

Car pour ce qui est du plat de résistance, on ne peut que rester pantois devant un tel ouragan de férocité. La mignonnette Josie Ho n’y allant pas avec le dos de son marteau de combat pour mettre à mort les vilains prévaricateur.
On y apprendra donc, avec profit, comment se servir, de manière enfin utile, d’un collier de serrage en plastique, d’un aspirateur, d’une latte de sommier, d’une cuvette de toilette et autres accessoires de la vie courante. Si on aime la suggestion du hors-champ, on fuira le spectacle tel un lapin de garenne chinois se cachant dans un terrier. Tripes à l’air, éventration, castration, sodomie sauvage, éjaculation sanglante, on en passe et des meilleurs. Un maelström de violence qui devient cataclysme dans une longue séquence de sextuple meurtres mettant au prise notre ravissante vengeresse avec des trafiquants de drogue, des filles faciles et des policiers. Ebourrifant de bruit, de fureur, de sang et de sexe.

Ironique dans l’ensemble, souvent radical, implacablement cynique, peu subtil aussi, Dream Home fera sans doute plaisir à l’amateur de catégorie 3 old-school et/ou de slasher-movie. Comme quoi même une tragédie immobilière a ses vertus...   

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http://devildead.com/indexfilm.php3?FilmID=2196

http://www.sueursfroides.fr/critique/dream-home-1866


dimanche 23 avril 2017

The Shadow Of The Cat - Le Spectre du Chat - John Gilling – 1961






Dans un noir et blanc classieux, John Gilling (réalisateur, notamment, du formidable « L’impasse aux violences » en 1960, mais aussi de « L'invasion des morts-vivants » en 1966) revisite la nouvelle multi adaptée d’Edgard Allan Poe : « Le chat noir ». Si l’intrigue n’est pas la même et si le chat n’est même pas noir, le concept de base reste le même. Un chat se venge de la mort de sa maîtresse et tue un à un les responsables de son assassinat.
L’impeccable mise en scène, la volonté affirmée de faire du chat le personnage central du film (avec moult plans en caméra subjective nous mettant directement à la place du félidé) et un casting de premier ordre emmené par la divine Barbara Shelley, le spectre du chat se hisse sans souci au niveau des métrages populaires les plus réussis. Si à la manière d’un Columbo, on connaît dès les premières minutes l’identité du (des ?) assassins (là s’arrête la comparaison avec l’homme à l’imperméable), le mérite principal est d’avoir su retenir l’attention du spectateur durant 80 minutes sur la manière dont les coupables seront in fine punis cash par notre ami Tabatha (c’est le nom du chat, ce qui me permet de faire un jeu de mot foireux) .
Le long-métrage ne s’avère jamais ennuyeux, il recèle suffisamment de personnages différents et de rebondissements pour nous permettre de passer un très bon moment. C’est ce que l’on peut appeler un excellent divertissement populaire qui tient toujours le choc malgré le poids des ans.


samedi 22 avril 2017

The Terror Of The Tongs - L'Empreinte Du Dragon Rouge - Anthony Bushell – 1961




The terror of the tongs : la hantise des espadrilles ( très fier je suis)

Comme pour « Les étrangleurs de Bombay » l’année précédente, l’unique film (à ma connaissance) en tant que réalisateur du sieur Bushell  nous conte l’histoire d’une société secrète, aux relents mafieux, implantée au cœur de la société et contre laquelle le gentil colonisateur anglais (ici incarné sous les traits d’un vaillant capitaine de navire de sa royale Majesté) va combattre avec toute sa fougue.
Déménageant de l’Inde vers Hong-Kong, les mêmes recettes sont employées, mais avec cependant moins de réussite.
Deux gros handicaps plombent en fait le film et ils ne sont en rien imputables à son réalisateur qui ne s’en tire finalement pas si mal que cela.
Le premier c’est le manque parfois incroyable de psychologie élémentaire attribuée aux personnages et en particulier à celui de notre héros au regard si doux. En effet, lorsque sa fille se fait assassiner par des nervis à la solde de la secte des tongs du dragon rouge, on a l’impression que ce dernier en a autant à faire qui s’il avait perdu son canari avalé par le chat ! Du coup, sans même tirer une larme, il se lance de suite (l’enterre-t-il seulement ?) dans l’enquête lui permettant de trouver les commanditaires de cet odieux forfait.



Le second, c’est de faire jouer tous les rôles importants de Chinois (et Chinoises) par des acteurs européens. On tire les yeux, on met deux pattes d’oies sur les côtés, un chapeau et roule ma poule ! Ca fait quand même sourire et bizarre de voir Christopher Lee en grand manitou de la secte jouant un Fu-Manchu d’opérette.
Néanmoins, le rythme est bon, l’intrigue convenable, l’exotisme présent malgré, comme toujours, un budget rachitique qui empêche de ressentir le grouillement de la vie d’une ville comme Hong-Kong et « le message sous-jacent » renvoie dos à dos les responsabilités du racket autant à la secte qu’au colon britannique et l’on ne s’ennuie jamais.
Et puis, la fracture des paupières permanente que représente la vision de l’incroyablement belle Yvonne Monlaur , ici dans des tenues asiatiques qui lui moule la silhouette comme dans un rêve éveillé valent à elle seule que l’on s’attarde sur ce sympathique petit film.

Chroniques d'ici ou d'ailleurs :

http://www.sueursfroides.fr/critique/l-empreinte-du-dragon-rouge-1937

http://www.psychovision.net/films/critiques/fiche/1161-empreinte-du-dragon-rouge-l

Bonus : A la mémoire d'Yvonne Monlaur qui vient de décédé ce jour.







vendredi 31 mars 2017

Les Deux Visages Du Docteur Jekyll - Terence Fisher – 1960





Etonnant de constater que ce film ne soit pas devenu un classique de la Hammer et du cinéma d’épouvante tout court, à l’instar d’un «  cauchemar de Dracula » ou du « Dr Jekyll et Mr Hyde » de Rouben Mamoulian (1931). Est-ce dû à l’absence d’un vrai monstre n’ayant pas apparence humaine ? A l’absence de sang à l’écran qui caractérise souvent les films d’horreur de la Hammer ? A la volonté de ne point montrer la transformation «  graphique » de Jekyll en Hyde ?

Peut-être. Toujours est-il que l’adaptation du roman de Stevenson par Terence Fisher est étonnante à plus d’un titre. La profondeur psychologique du personnage Jekyll/Hyde rend justice à celle imaginée par l’écrivain écossais, bien loin de la caricature visible dans les autres adaptations.
Le plus étonnant et qui donne une bonne part de son sel au métrage est d’avoir osé inverser la représentation de la double identité. Jekyll est un être mal à l’aise en société, laid, avec une voix gutturale et que sa femme trompe. A l’inverse Hyde est un bel homme, plein d’esprit, à l’aise en société (tout le contraire donc de l’imagerie du roman où Hyde est physiquement un monstre). Ce dernier, conscient de sa classe et de son «  pouvoir » va prendre littéralement ce qui lui fait envie (l’argent, la drogue, les femmes).
Hyde est (comme dans le récit) un monstre, mais un monstre uniquement moral, poussé par son instinct, semblant retourner petit à petit à la barbarie la plus crasse et finalement prendre le dessus sur le pauvre Dr Jekyll.



Si le thème principal est le dédoublement de la personnalité culminant par moments jusqu’au trouble de la personnalité multiple (plusieurs personnes prenant tout à tour le contrôle du sujet) ; cette matrice permet aussi de mettre en avant l’immense hypocrisie sociale et morale caractéristique de l’époque Victorienne. Fisher ne se prive évidemment pas de nous la montrer, parsemant son film de multiples références subtiles à la sexualité (dans les dialogues notamment ou dans la scène avec la charmeuse de serpents prenant l’animal dans sa bouche à la manière de vous savez quoi. Symbole phallique quand tu nous tiens !).
Le réalisateur peut s’appuyer sur la grande performance d’acteur de Paul Massie, impeccable dans les deux rôles du docteur et de son double maléfique. Les deux autres acteurs principaux n’étant pas en reste, Christopher Lee est assez irrésistible en dépravé mondain (probablement un de ses meilleurs rôles), quant à Dawn Adams elle est tout simplement craquante en femme/maîtresse digne de la marquise de Merteuil des « liaisons dangereuses ».

Chroniques d'ici ou d'ailleurs : 





mercredi 29 mars 2017

The Crow - Alex Proyas - 1994


La mort du fils caché de Bruce et Spike Lee permet à cette navrante histoire pour adolescentes pré-pubères gothiques de faire à croire qu'il s'agit d'un film culte. 

Donnerait plutôt des acidités gastriques à un corbeau leucémique.