En paraphrasant le
primesautier Staline s’adressant au non moins guilleret Pierre
Laval (un peu de culture prolétarienne ne faisant jamais de mal) en
ces mots : "Le Vatican, combien de divisions ?", voici la
question du jour : "Bruno Mattei, combien de films ?".
Si vous avez la
réponse, écrivez-nous sur une carte postale, ça nous fera plaisir.
En fait et selon
toute vraisemblance, Bruno s’en moquait et ne devait même pas le
savoir. Il a juste fait du cinéma pour gagner sa vie, un peu comme
l’immense majorité des gens, il a bien dû payer ses factures et
décorer sa gentilhommière.
C’est un peu dur
comme analyse me direz-vous ? Peut-être, mais à la visions de son
oeuvre on reste frappé par le peu d’envie de faire ne serait-ce
qu’une seule fois un métrage original ou même simplement potable.
C’est aussi pour cela qu’on l’aime !
Cette capacité à
rendre aberrant le moindre scénario, déraisonnable la moindre
direction d’acteurs, crapuleux la mise en scène et crapoteux la
copie servile de films à succès ; tout cela mérite bien une place
au panthéon du 7 ème art.
"Tout est bon
dans le cochon, tout est mauvais dans le Mattei" (c) Confucius.
Bruno Mattei, de son
vrai nom Bruno Mattei (mais si ) est né le 30 juillet 1931 à Rome
en plein triomphe du fascisme italien (oui, ça n’a aucun rapport
avec l’oeuvre, mais on vous avez prévenu que ce serait un papier
placé sous le signe de la culture). Après avoir passé son enfance
à tendre le bras droit dans sa belle chemise noire et à marcher au
pas, il va suivre les traces de son père, monteur de profession. Il
va se charger de plus de 100 films dans cet art méticuleux et ingrat
qu’est la mise dans le bon ordre de centaine de rushs.
Et c’est là, lors
d’une de ses interminables nuits à scruter et couper de la
pellicule qu’il eut LA révélation de sa vie. Si certains arrivent
à faire autant de mauvais films, pourquoi, lui, n’y arriverait-il
pas ?
Curieusement son
premier film en 1970 est un drame : "Armida, il dramma di una
sposa" qui reçut de bonnes critiques en Italie. Inutile de
préciser que ce sera la seule et unique fois pour Bruno. Mais, sa
carrière débute réellement sept ans plus tard avec un
"naziploitation" dénommé en France "Hôtel du
plaisir pour SS". Surfant sur la vague des Ilsa et autre "Salon
Kitty", Bruno délivre un film sans âme, mais avec tout ce
qu’il faut de sexe et de perversions pour satisfaire le marché de
l’exploitation. Ce sera sa marque de fabrique pour les années à
venir.
Tournant vite et
avec peu de moyens, il va se spécialiser dans la copie servile des
grands succès pour profiter de la mode du jour. Réagissant au quart
de tour aux lois du marché, il va enchaîner quasiment tous les
genres du bis. De 1977 à 1990, il réalise en moyenne trois films
par an !
Petit tour rapide et
non exhaustif des genres abordés par ce cher Bruno :
Naziploitation donc
: "KZ9 - Camp d'extermination" toujours en 1977.
Mondo : "Le
notti porno nel mondo"(1977) presenté par Laura "Emanuelle"
Gemser ou "Le sexe interdit" (1979)
Comédie érotique
et égrillarde avec Ilona Staller, plus connue sous le nom de
Cicciolina : "Cicciolina amore mio" (1979) ou "Cuginetta...
amore mio !" la même année.
La nunsploitation :
"Les novices libertines" ( La Vera storia della monaca di
Monza ) en 1980 ou "L’autre enfer" toujours en 1980
Le péplum érotique
: "Caligula et Messaline" - 1981, "Les aventures
sexuelles de Néron et de Poppée" - 1982
Le WIP (acronyme de
Women in Prison) : "Pénitencier de femmes" - 1982,
"Révolte au pénitencier de filles" 1983
Le
post-apocalyptique avec le grandiose blockbuster "Les rats de
Manhattan" en 1984
La vietploitation
(Des Rambo sans le sou) : "Strike Commando"- 1987
De la SF guerrière
avec l’inénarrable "Robowar" - 1989
Du shark-movie avec
le sémillant "Cruel Jaws" - 1995
Du film de
canniboules, "Horror Cannibal" et "Horror Cannibal 2"
Sans oublier, bien
sûr, le film de zombies avec "Zombi 3" où il remplace au
pied levé un Lucio Fulci qui ne s’en remettra jamais. Et
évidemment son Taj mahal, son temple d’Artémis, son jardin
suspendu de Babylone, son phare d’Alexandrie, le désormais
mythique "Virus Cannibale" !
Sorte d’hommage
hilarant et dégénéré au "Zombie" de Romero, bien connu
des amateurs de mauvais films sympathiques. Un des plus mauvais film
de tout les temps ? Il y a concours.
Mais aussi du
western, du thriller, des comédies et même une mini-série télé
d’aventure : "Appuntamento a Trieste" en 1987.
Formant une paire
diabolique avec le redoutable Claudio Fragasso, scénariste ou
co-réalisateur de beaucoup de ses films à partir des années 80,
Bruno Mattei est décédé le 21 mai 2007 à Rome d’une tumeur au
cerveau. Son décès provoqua une onde de choc dans le milieu du
cinéma. Télérama le mit en couverture, Libération titra sur huit
colonnes "Mort d’un génie voyageur" et les cahiers du
cinéma sortir un numéro intégralement consacré à l’homme,
l’oeuvre, la légende.
Réalisateur d’une
époque révolue (celle de la fin de la grande époque du bis
italien) et surnommé le "Ed Wood Italien" par certains,
espérons qu’il atteigne la même notoriété posthume que ce
dernier, il le mérite.
Un hommage devait
lui être rendu en ces pages, c’est chose faite