dimanche 14 mars 2021

L'Au-delà (E tu vivrai nel terrore - L'aldilà) - Lucio Fulci - 1981

 




37 ème film de Lucio Fulci. Sur un scénario confus qui semble n’être qu’une suite de séquences plus ou moins logiquement reliées entre-elles, une direction d’acteurs laissant parfois à désirer, le réalisateur italien offre au film de genre un de ses films les plus emblématiques, par sa vision unique de la vie, de la mort, du destin

Dès les premières images, le ton est donné et le meurtre du peintre, brûlé à la chaux puis crucifié et enterré vivant tout de même, est filmé sans concession, dans une superbe photographie au ton jauni et vieilli. Le reste du film pourrait alors n'être qu'un enchaînement de morts toutes plus horribles les unes que les autres... Mais quel enchaînement ! Énucléation, boîte crânienne défoncée , visage liquéfié par de l'acide, attaque d'araignées mangeuses de langue, tripailles fumantes, crucifixion, brûlures à tous les degrés et autres joyeusetés dégoulinantes !

Mais réduire uniquement ce film à un concerto pour barbaques et bouchers serait faire insulte au talent de Lucio Fulci et faire montre d’une vision étroite, en rabaissant « l’Au-delà « au rang de vulgaire film Z teuton.

Car « l'Au-Delà « reste avant tout un film d'horreur d'une force plastique sidérante, où l'onirisme le dispute au surréalisme dans une atmosphère baroque magnifiquement mise en image. Cette espèce de long rêve macabre métamorphosant l'esthétique du Gore en véritable poésie de l'atroce symbolise la quintessence de l'horreur à l'italienne, en y ajoutant de surcroît un nihilisme d’un effroyable lucidité toute Fulcienne.

En effet, chez Fulci rien de bon n’attend les héros qui ont beau se démener dans tous les sens, chercher des réponses, leurs destins semblent déjà tracés comme dans un gigantesque Ruban de Moebius, ils sont condamnés par avance. Empruntant et détournant la prédestination Calviniste, Fulci en fait l’instrument cynique de la mort pour envoyer dans les enfers toutes créatures humaines bonnes ou mauvaises.

Ce qui nous vaudra l’une des scènes finales parmi les plus belles de l'histoire du cinéma de genre : l'enfer vu par Fulci ou quand la représentation picturale du lieu des damnés par un peintre prend vie pour symboliser toute l’horreur du lieu. Quelle splendide et terrifiante allégorie de la faucheuse ! renvoyant autant au tableau d’un Francis Bacon, qu’au mythe Sisifien de l’éternel recommencement.

La photographie de Sergio Salvati ( un habitué des films de Fulci qui a collaboré avec lui sur ses meilleurs films tels que Frayeurs, Le chat noir, La maison près du cimetière, L’enfer des zombies, l’emmurée vivante ) est magistrale et donne corps à cette ambiance poisseuse, la scène d’ouverture est d’une beauté macabre et d’une violence à couper le souffle.

Nombreux n'y verront qu'une série B d'exploitation ultra Gore nantie d'un scénario aussi rachitique qu'invraisemblable, d'effets spéciaux dépassés, d'un tempo trop lent et d'une direction d'acteurs laissant un tantinet à désirer. Si l'on peut comprendre une telle réaction de la part d'un spectateur hermétique au cinéma de genre « old school », il est néanmoins intéressant de parvenir à passer outre les maladresses de L'Au-Delà, afin de constater à quel point la virtuosité formelle peut être atteinte par donner une ambiance lourde, troublante et morbide qui suinte à travers ce grand tableau d'horreur animé, que l’on croirait par moment sorti de l’univers de Lovecraft ( par son côté sale et intemporel )


Un chef d’oeuvre de poésie macabre rythmé au son de la musique terrifiante de Fabio Frizzi ( lui aussi un habitué »qui fait corps avec le métrage, qui emporte et submerge le spectateur

Intemporel, inoubliable, pour peu que l’on fasse l’effort de se laisser immerger par l’histoire et que l’on ne se pâme pas devant le moindre CGI blockbusteriens sans âme.

Jamais la hantise de la mort et la déchéance des corps n'auront été aussi bien filmés.


Chroniques d'ici ou d'ailleurs :

https://www.psychovision.net/films/critiques/fiche/220-au-dela-l

https://www.devildead.com/review/1378/au-dela-l-l-aldila


vendredi 12 mars 2021

Libido - Ernesto Gastaldi et Vittorio Salerno - 1965




 

Libido ré mi fa sol.


Près de 20 ans après avoir vu son père commettre un meurtre à caractère sexuel, un jeune noble retourne pour la première fois au domicile familial où la tragédie s'est produite. Il ne faut pas longtemps avant que des faites étranges se passent dans la nuit, alors la maison est-elle hantée ou son père est-il encore en vie? Ou est-ce que l'un de ses hôtes est responsable?


Film à l'atmosphère sombre et tordue des réalisateurs italiens Ernesto Gastaldi et Vittorio Salerno, Libido est un des tous premiers gialli et peut-être le premier giallo machination.


Un petit enfant riche, Christian (Giancarlo Giannini), a bien grandi, mais il reste traumatisé, on le serait à moins, après avoir vu son père tuer une jeune femme blonde attachée à un lit dans une pièce remplie de miroirs, puis se suicider en se jetant d'une falaise dans la mer. Ce qui suffirait à déstabiliser n'importe qui.

Aujourd'hui (en 1965) , il ne reste que trois mois jusqu'à ce qu'il atteigne sa majorité ( enfin 25 ans !) afin d'hériter de la fortune se son géniteur, et Paul (Luciano Pigozzi) l'avocat de son père et tuteur, le persuade de revenir sur les lieus du crime dans la maison familiale et ce en compagnie de son épouse, la très jolie brune Hélène (Dominique Boschero). De son côté Paul se pavane en compagnie de sa nouvelle compagne, une blondasse prénommée Brigitte (Mara Maryl) qui, tout en clichés, semble être ingénue, idiote et gaffeuse,

Mais les événements du passé ont laissé leur empreinte sur Christian , et il ne tarde pas à voir des signes de son père partout. Après tout, son corps n'a jamais été retrouvé...

En fait, Christian en vient assez rapidement à penser que quelqu'un essaie de le rendre fou pour récupérer son argent, et il va successivement suspecter Paul, puis sa femme Hélène,

Libido s'ouvre sur une définition du terme même par le père Sigmund, plaçant comme ce sera souvent le cas dans les gialli sous le signe de la psychanalyse et les traumas de l'enfance, puis s'ensuit un générique singulier fait de photos montrant la victime du père ligotée dans le lit reflétée par les multiples miroirs de la chambre de son supplice. Le ton est donné avec brio.

S'ensuit, ce qui constitue la vrai force du film, à savoir son scénario, fait de mystères, de fausses pistes entre les quatre protagonistes, avec comme principale fonction de mettre à mal la santé mentale de Christian entre visions supposées de son père, de sa présence récente dans un lieu au moyen d'objets (un chaise, une pipe, des trace de pas, une boite à musique faisant résonner une mélodie lancinante),

Alors, évidemment, la résolution de l'énigme ne sera pas une grande surprise pour qui s'abreuve de long métrage de ce genre, le ou la coupable étant pratiquement toujours celui ou celle que l'on soupçonne à priori le moins ; l'érotisme (1965 oblige) est très très soft et c'est bien dommage vu la plastique des deux actrices, le noir et blanc, même s'il est de bonne facture, ne sied pas particulièrement à ce qui sera un des grands piliers du giallo, à savoir le jeu avec la lumière et la photographie emblématique du genre, à la manière d'un Mario bava ou d'un Dario Argento éclairant leurs plans de couleurs vives.

Pour le reste, Libido se suit sans ambages, ni circonlocutions, le peu de moyen financier que l'on imagine, quatre personnages, des décors se situant dans une seul maison et sur une falaise n'empêche en rien un maîtrise formelle, une adaptation à ces contraintes, un rythme avec peu de faille, des personnages psychologiquement relativement fouillés et un climat paranoïaque qui prend de l'ampleur au fur et à mesure de l'évolution de l'intrigue et ce n'est pas rien !

Notons aussi, la qualité de interprétations des quatre acteurs et actrices et notamment la sublime et brune ténébreuse française Dominique Boschero dont la poitrine pourrait éradiquer la famine dans la corne de l'Afrique, que l'on peut voir notamment dans une comédie de Lucio Fulci « I Maniaci » en1964, dans le film fantastique d'Antonio Margheriti « Contronatura » en 1969 et dans les gialli , le pas terrible « L'iguane a la langue de feu » de Riccardo Freda en 1971 et le très bon « Qui l'a vue mourir ? » d'Aldo Lado en 1972 et l'excellent « Toutes les couleurs du vice » de Sergio Martino en 1972 également.

On ne peut donc que féliciter les coréalisateurs, le très peu connu Vittorio Salerno à la courte filmographie (quatre à cinq films suivants les sources) et le grand et avant tout scénariste Ernesto Gastaldi (ici crédité sous le pseudonyme de Julian Berry pour faire plus amérloc) , véritable stakhanoviste du film populaire italien, qui s'il n'a réalisé que quatre films, a écrit plus d'une centaine d' histoires et de scenarii de 1960 à 1998 dans tous les genres et principalement ceux relevant de l'horreur et du giallo. A titre d'exemples et restant dans le ton du site Horreur,com, on lui doit les scénario des classiques : «L'effroyable secret du docteur Hichcock », « La vierge de Nuremberg », « Le corps et le fouet », « L’étrange vice de Madame Wardh », « La queue du scorpion », « Toutes les couleurs du vice », « Torso » ou « Ton vice est une chambre close dont moi seul ai la clé »

Môssieur Gastaldi étant, par ailleurs, toujours de ce monde, il reste un des derniers représentants de ce formidables cinéma populaire transalpin qui des années 50 aux années 80 nous a fait et continue à nous faire rêver (en tout cas c'est le cas de ma pomme)

Balançant constamment entre le machiavleisme et la psychanalyse ( de manère light, on est pas en faculté) ? Libido est une réussite portée par une efficace musique, de bons acteurs et un scénario précis qui, de plus, et a contrario de la grande majorité des films de ce genres s'achève, non pas sur un happy-end, mais sur une note atroce et cruelle.

Du coup, si l'on accepte de le regarder en tenant compte du contexte, 1965, et en tant compete du noir et blanc, on passer un bon moment, Notez bien que si vous n'acceptez pas ceci, vous pouvez toujours allé regarder vos blockbusters de merde, faits à coups de dollars et d'effets spéciaux à la con, je m'en tamponne le coquillard relativement velu, Rompez !


Madame BOSCHERO :




Chroniques d'ici ou d'ailleurs :

https://www.psychovision.net/films/critiques/fiche/1322-libido


The Witches - Les Sorcières - Cyril Frankel – 1966




 

Comment Sabbat ?


Une œuvre peu connue de la Hammer, et à sa vision on comprend quand même légèrement pourquoi.


Ou comment se saborder en trois parties.


Gwen Mayfield enseigne en Afrique dans une école de missionnaires. Après avoir été envoûtée par un sorcier, elle fait une dépression nerveuse. Afin de surmonter son traumatisme, elle accepte un poste d'enseignante dans un petit village de la campagne anglaise. Mais les apparences sont trompeuses : une série d'événements lui font redouter que certaines personnes des environs ne pratiquent la magie noire...

Après une mise en bouche en Afrique, le film se divise en trois parties d’inégales longueurs et surtout d’inégales qualités.

La première, la plus longue et la meilleure, nous conte l’arrivée de miss Mayfield dans ce petit village en apparence champêtre où tout le monde se connaît et s’aime bien.

Un peu à la manière de ce que fera Polanski deux ans plus tard dans son « Rosemary’s baby », on se demande si l’institutrice est victime de son imagination ou si le village n’est en fait qu’un repaire de sorcières (là s’arrête la comparaison avec le chef d’oeuvre du réalisateur tchèque). Frankel parvient néanmoins à distiller un léger climat de claustrophobie et de tension autour du piège qui semble se refermer sur Gwen et surtout sur une de ses élèves.

L’apport de petites séquences apparemment banales renforcent par ailleurs cette impression.

Hélas et curieusement, alors que le décor est planté et que l’on s’attend à tout (ce n’est pas non plus insoutenable, il faut bien dire), les auteurs détruisent eux-mêmes le film avec cette seconde partie d’une grande mollesse où Gwen est victime d’une amnésie surtout la période qu’elle a passée dans le village. Dès lors on s’ennuie sec, jusqu’à l’ultime et heureusement courte dernière partie : la cérémonie satanique.

Celle-ci mérite un coup d’oeil, tant elle est un des summums du comique involontaire, une chorégraphie hilarante de ridicule, digne des pires heures de la télé paillettes comme sabbat des sorcières, il fallait le faire ! N’oublions pas un happy-end qui ferait passer un épisode de « La petite maison dans la prairie » pour une oeuvre malsaine comme dernier suicide artistique et on aura fait le tour.

Un mot sur l’interprète principale, Joan Fontaine, qui livre ici son dernier rôle et que l’on a connue infiniment meilleur dans les « Rebecca »  et «  Suspicion »  d’Alfred Hitchcock, mais c’était à une autre époque et elle n’était pas encore obligée de porter une coiffure à la Margaret Thatcher pour payer ses traites.


Chroniques d'ici ou d'ailleurs :

https://www.psychovision.net/films/critiques/fiche/1165-sorcieres-les

https://cinemafantastique.net/Sorcieres-Les.html


dimanche 7 mars 2021

The Reptile - La Femme Reptile - John Gilling – 1966




 

Crache ton venin... Tu verras ce sera bien.


Dans un petit village de Cornouailles en Angleterre, la terreur se répand. Plusieurs de ses habitants sont frappés de «  la mort noire »  et en meurent dans d’atroces souffrances, la bave aux lèvres et la peau noircie. Les époux Spalding apprennent la mort de leur frère victime lui aussi de cette étrange « maladie », ils héritent dès lors de son « cottage ». Bien mal reçus par les villageois, ils font également la connaissance du mystérieux Dr. Franklyn et de sa fille Anna. Ils vont découvrir qu’une terrible malédiction pèse sur cette dernière.


Tourné dans la foulée de « L’invasion des morts-vivants », avec la plupart des acteurs et le même réalisateur, même lieu de tournage, « La femme reptile » tente d’élargir le bestiaire Hamérien avec cette jeune fille victime d’une étrange malédiction.

Si d’entrée le ton est donné, avec l’attaque de la femme reptile (se déroulant dans le noir et donc reportant avec justesse le moment de la visibilité du monstre), John Gilling, qui n’est pas un manche (ce qui pour ceux qui ont vu le remarquable « L’impasse aux violences » ne diront pas le contraire), préfère tout au long d’une excellente première partie miser sur le mystère et la terreur qu’éprouve la population.

Evidemment, le titre même du film donne par avance la solution de l’énigme et personne ne sera surpris de la conclusion de l’affaire, mais cela n’est en rien dramatique.

La tension monte graduellement, l’enquête que vont mener les Spalding calquant celle de tous bons récits « Holmésien ».

La découverte de la mort du « fou »  du village, la cruauté du docteur envers sa fille, leur voyage à Bornéo, l’énigmatique valet de la maisonnée, les airs de musique indienne qui flottent sur la lande, tout cela entretient le mystère avec justesse.

La dernière partie du film est un peu moins convaincante, mais toujours de bonne tenue.

La femme reptile en elle-même bénéficie d’un maquillage assez convaincant et réaliste, bien que cela puisse faire sourire aujourd’hui.

Du tout bon.

Chroniques d'ici ou d'ailleurs :

https://tortillapolis.com/critique-film-la-femme-reptile-john-gilling-1966/

vendredi 5 mars 2021

Roadgames - Déviation Mortelle - Richard Franklin - 1981

 




Un routier indépendant, Pat Quid, doit acheminer de la bidoche porcine d’un bout à l’autre de la vaste Australie.

Son chemin va croiser à plusieurs reprises celui d’une camionnette dans lequel un tueur en série semble avoir élu domicile. Pat va décider de le traquer suite à la disparition d’une auto-stoppeuse qu’il avait pris en….stop (non ? si !) un peu plus tôt.


Roadgames, traduit en français de manière funambulesque «Déviation mortelle» est un road-movie mâtiné d’une belle once de thriller et d’un tout petit soupçon de fantastique.


Construit autour de cette vieille ganache moustachue de Stacy Keach, pas encore starifié en donnant ses traits pour l’éternité (au minimum) à Mike Hammer, on suit le périple qui conduit notre camionneur et son chargement de viande de porcs à travers le pays des Kangourous.


Heureux qui comme Ulysse a fait un beau voyage, heureux qui comme Ulysse à vu cent paysages, certes, certes. N’empêche que notre Ulysse à belles bacchantes, lui, ne verra que le désert qu’il traverse d’Ouest en Est en longeant la Grande Baie Australienne (prenez une carte, rechercher le pays en bas à droite, c’est au Sud dudit pays, merci.)

Un voyage qu’il effectue dans sa cabine avec son chien, pardon son Dingo (qui n’est pas le chien de Mickey, mais son ami, ce qui n’a rien à voir vu que Mickey n’apparaît pas dans Roadgames).


Le film est divisé en deux parties à peu près égales. La première est un «road-movie» des plus classiques avec beaucoup de parlottes, de dialogues, de monologues entre Pat et son Dingo notamment. Des dialogues parfois savoureux qui permettent d’entrer tranquillement dans le film comme l’on se glisse dans une paire de charentaises moelleuses à souhait.

Que Pat prenne en stop une auto stoppeuse à forte charge pondérale et cerveau inversement proportionnel en termes de poids, ou qu’il commence à échafauder des plans sur l’intriguant vanne qui le suit ou le précède ; il garde toujours son côté sympa, comme le sont tous les vrais routiers.

Puis, Roadgames, bascule lentement, presque insidieusement vers le thriller à forte valeur inquiétante.

L’accumulation de bizarreries, de concours de circonstances, la montée dans la cabine de Jamie Lee Curtis tout juste sortie d’ «Halloween», de «Fog» ou du «Monstre du train», puis sa disparition, tout cela va rendre Pat Quid soupçonneux et le lancer à toute berzingue derrière l’Émile Louis local.

Quelques petites notes fantastiques plus loin (des yeux qui apparaissent, un plan sur le tueur dans son vanne en plein orage), Pat et le meurtrier finiront par s’affronter dans une belle séquence finale voyant le gros camion pourchasser le vanne du meurtrier dans des ruelles de plus en plus étroites.

Mise en scène ultra fonctionnelle, donc sans afféteries particulières, mais d’une solide précision pour Richard Franklin prouvant qu’il fût un des bons réalisateurs du renouveau du cinéma populaire Australien dans les années 70/80 ( voir «Patrick», «Link» ou «Psychose 2» pour s’en convaincre tout à fait).

Le jeu des acteurs n’est pas, non plus, pour rien dans le plaisir que l’on prend à suivre ce sympathique thriller sur asphalte. Outre un Stacy Keach encore svelte et fort crédible dans son rôle et une Curtis toute jeunette, l’amateur risque de reconnaître quelques gueules croisées dans d’autres films Australiens de l’époque. On notera aussi une belle musique de Brian May responsable en chef des bandes originales de ce côté-ci du monde, «Mad Max», «Harlequin», «Soif de sang», «Le survivant d’un monde parallèle», ou «Les traquées de l’an 2000».

Pour terminer : 70 kilos

Pourquoi 70 kilos ? C’est la différence de poids du chargement de porc dans le camion, entre le début et la fin du voyage.  La réponse a ce mystère nous sera révélée dans une séquence finale empreinte d’un humour noir assez savoureux.

La déviation est donc pour le moins recommandable. Prenez-la sans hésitation.


Chroniques d'ici ou d'ailleurs :

http://www.regard-critique.fr/rdvd/critique.php?ID=4979

https://www.arte.tv/sites/olivierpere/2019/01/13/deviation-mortelle-de-richard-franklin/

https://lepetitcinemadestephane.blogspot.com/2017/02/deviation-mortelle.html

mercredi 3 mars 2021

Bruno MATTEI : 1931-2007 aka Vincent Dawn, Michael Cardoso, Norman Dawn, Bob Hunter, Werner Knox, Pierre Le Blanc, Jimmy Matheus, Martin Miller, William Snyder, George Smith...

En paraphrasant le primesautier Staline s’adressant au non moins guilleret Pierre Laval (un peu de culture prolétarienne ne faisant jamais de mal) en ces mots : "Le Vatican, combien de divisions ?", voici la question du jour : "Bruno Mattei, combien de films ?".

Si vous avez la réponse, écrivez-nous sur une carte postale, ça nous fera plaisir.


En fait et selon toute vraisemblance, Bruno s’en moquait et ne devait même pas le savoir. Il a juste fait du cinéma pour gagner sa vie, un peu comme l’immense majorité des gens, il a bien dû payer ses factures et décorer sa gentilhommière.


C’est un peu dur comme analyse me direz-vous ? Peut-être, mais à la visions de son oeuvre on reste frappé par le peu d’envie de faire ne serait-ce qu’une seule fois un métrage original ou même simplement potable. C’est aussi pour cela qu’on l’aime !

Cette capacité à rendre aberrant le moindre scénario, déraisonnable la moindre direction d’acteurs, crapuleux la mise en scène et crapoteux la copie servile de films à succès ; tout cela mérite bien une place au panthéon du 7 ème art.


"Tout est bon dans le cochon, tout est mauvais dans le Mattei" (c) Confucius.


Bruno Mattei, de son vrai nom Bruno Mattei (mais si ) est né le 30 juillet 1931 à Rome en plein triomphe du fascisme italien (oui, ça n’a aucun rapport avec l’oeuvre, mais on vous avez prévenu que ce serait un papier placé sous le signe de la culture). Après avoir passé son enfance à tendre le bras droit dans sa belle chemise noire et à marcher au pas, il va suivre les traces de son père, monteur de profession. Il va se charger de plus de 100 films dans cet art méticuleux et ingrat qu’est la mise dans le bon ordre de centaine de rushs.


Et c’est là, lors d’une de ses interminables nuits à scruter et couper de la pellicule qu’il eut LA révélation de sa vie. Si certains arrivent à faire autant de mauvais films, pourquoi, lui, n’y arriverait-il pas ?


Curieusement son premier film en 1970 est un drame : "Armida, il dramma di una sposa" qui reçut de bonnes critiques en Italie. Inutile de préciser que ce sera la seule et unique fois pour Bruno. Mais, sa carrière débute réellement sept ans plus tard avec un "naziploitation" dénommé en France "Hôtel du plaisir pour SS". Surfant sur la vague des Ilsa et autre "Salon Kitty", Bruno délivre un film sans âme, mais avec tout ce qu’il faut de sexe et de perversions pour satisfaire le marché de l’exploitation. Ce sera sa marque de fabrique pour les années à venir.


Tournant vite et avec peu de moyens, il va se spécialiser dans la copie servile des grands succès pour profiter de la mode du jour. Réagissant au quart de tour aux lois du marché, il va enchaîner quasiment tous les genres du bis. De 1977 à 1990, il réalise en moyenne trois films par an !


Petit tour rapide et non exhaustif des genres abordés par ce cher Bruno :



Naziploitation donc : "KZ9 - Camp d'extermination" toujours en 1977.


Mondo : "Le notti porno nel mondo"(1977) presenté par Laura "Emanuelle" Gemser ou "Le sexe interdit" (1979)


Comédie érotique et égrillarde avec Ilona Staller, plus connue sous le nom de Cicciolina : "Cicciolina amore mio" (1979) ou "Cuginetta... amore mio !" la même année.


La nunsploitation : "Les novices libertines" ( La Vera storia della monaca di Monza ) en 1980 ou "L’autre enfer" toujours en 1980


Le péplum érotique : "Caligula et Messaline" - 1981, "Les aventures sexuelles de Néron et de Poppée" - 1982


Le WIP (acronyme de Women in Prison) : "Pénitencier de femmes" - 1982, "Révolte au pénitencier de filles" 1983


Le post-apocalyptique avec le grandiose blockbuster "Les rats de Manhattan" en 1984


La vietploitation (Des Rambo sans le sou) : "Strike Commando"- 1987


De la SF guerrière avec l’inénarrable "Robowar" - 1989


Du shark-movie avec le sémillant "Cruel Jaws" - 1995


Du film de canniboules, "Horror Cannibal" et "Horror Cannibal 2"


Sans oublier, bien sûr, le film de zombies avec "Zombi 3" où il remplace au pied levé un Lucio Fulci qui ne s’en remettra jamais. Et évidemment son Taj mahal, son temple d’Artémis, son jardin suspendu de Babylone, son phare d’Alexandrie, le désormais mythique "Virus Cannibale" !

Sorte d’hommage hilarant et dégénéré au "Zombie" de Romero, bien connu des amateurs de mauvais films sympathiques. Un des plus mauvais film de tout les temps ? Il y a concours.


Mais aussi du western, du thriller, des comédies et même une mini-série télé d’aventure : "Appuntamento a Trieste" en 1987.


Formant une paire diabolique avec le redoutable Claudio Fragasso, scénariste ou co-réalisateur de beaucoup de ses films à partir des années 80, Bruno Mattei est décédé le 21 mai 2007 à Rome d’une tumeur au cerveau. Son décès provoqua une onde de choc dans le milieu du cinéma. Télérama le mit en couverture, Libération titra sur huit colonnes "Mort d’un génie voyageur" et les cahiers du cinéma sortir un numéro intégralement consacré à l’homme, l’oeuvre, la légende.


Réalisateur d’une époque révolue (celle de la fin de la grande époque du bis italien) et surnommé le "Ed Wood Italien" par certains, espérons qu’il atteigne la même notoriété posthume que ce dernier, il le mérite.


Un hommage devait lui être rendu en ces pages, c’est chose faite


mardi 2 mars 2021

La nuit des pétrifiés – La plus longue nuit du diable - The devil's nightmare - Au service du diable - Jean Brismée -1971






Succombez à la succulente succube 


Berlin 1945. Alors que les alliés bombardent la ville, une baronne met au monde une fille mais meurt en couche. Le baron, voulant absolument un garçon, la tue (après l’avoir baptisée tout de même !). Plus tard, on apprendra qu’une malédiction pèse sur la famille du baron, une journaliste qui enquête sur ce sujet en paiera le prix fort. On la retrouvera morte de terreur, apparemment attaquée par un succube !

C’est alors qu’un groupe de touristes arrive au Château après s’être perdu dans les environs. Très vite ils vont s’apercevoir que cet endroit n’est pas spécialement conçu pour y passer des vacances de tout repos. Le baron fait des expériences dans son laboratoire, chaque pièce semble avoir connu un funeste événement, le maître d’hôtel est lugubre, etc.

On se doute bien que le groupe ne va pas passer un paisible moment dans ce lieu de villégiature et que cela va mal finir pour eux.

Oh ! un film bis belge (italo-belge en fait, évidemment toujours là les italiens). Suffisamment rare pour s’en réjouir, surtout quand il est de cette qualité.

On peut d’ailleurs regretter que Jean Brismée n’ait réalisé que ce seul et unique film, tant il est une petite pépite du cinéma bis des années 70.


Le film s’ouvre sur une séquence particulièrement cruelle où l’on assiste au meurtre d’un nouveau-né, un couteau planté de le coeur (et sans la moindre suggestion s’il vous plait !).

«  La nuit des pétrifiés » est un curieux mélange d’épouvante gothique à l’italienne, d’un peu de surréalisme et d’une bonne dose d’érotisme. 


La présence d’un casting féminin à faire tourner les têtes (et pas que …) n’est bien entendu pas étrangère au plaisir que l’on prend à la vision de cette oeuvre, si on n’échappera d’ailleurs pas à la traditionnelle scène d’amour féminine entre deux des donzelles (et c’est tant mieux !), c’est surtout le rôle de la sublime et plantureuse Erika Blanc qui marquera les esprits. 

Succube sexy au décolleté déroutant, dans lequel le regard des hommes et des femmes se perd pour y commettre les pires péchés (gourmandise, luxure...). Véritable tornade d’érotisme, elle prend les âmes des pauvres hères pour les offrir à son maître Satan (Daniel Emilfork et son étrange visage semblant tout destiné à tenir ce type de rôle).

Bien difficile de ne pas succomber à la succulente succube ! 


Les protagonistes se verront irrésistiblement attirés et périront dans les pires conditions (tête tranchée, enfermés dans une vierge de Nuremberg, défenestration, étouffement.. ), jusqu’à ce que le dernier d’entre eux, un apprenti prêtre, soit la cible de la succube, sera-t-il suffisamment fort pour ne pas s’abandonner aux mille charmes troubles d’Erika Blanc ? (perso, je ne pourrais pas, mais c’est pour cela que j’ai renoncé à l’habit sacerdotal).


Alors on pourra toujours dire que le raccord entre les plans est parfois suspect, que la photographie n’est pas toujours irréprochable, que certaines séquences traînent un peu trop en longueur et que finalement l’intrigue est tout ce qu’il y a de classique, mais ce serait faire bien peu de cas du charme et de l’atmosphère qui se dégage de cette curieuse pellicule bis. 


La partition musicale, à la fois douce, sensuelle mais aussi inquiétante renforce l’aspect surréaliste du métrage. Les acteurs et actrices dans des rôles assez stéréotypés font leur métier avec talent, le montage se tient, et l’histoire est suffisamment prenante et parfois surprenante pour que l’on ne s’ennuie jamais.


Voilà, en tout cas, une très bon produit du début des années 70 et qui n’a finalement rien perdu de son attractivité, le temps lui donnant même une certaine patine délectable dans laquelle il serait bon de plonger ou de replonger.   


Chroniques d'ici ou d'ailleurs :

https://www.psychovision.net/films/critiques/fiche/585-nuit-des-petrifies-la

http://www.horreur.com/index.php?q=node/3243

https://tortillapolis.com/critique-film-la-nuit-des-petrifies-jean-brismee-1971/